1 facette 1 star : épisode 10

1 facette 1 star : épisode 10

Les 12 facettes de l’élégance illustrées par des stars françaises d’hier et d’aujourd’hui 

Sexe, amours et rapport au corps : Brigitte Bardot / Vincent Cassel

L’élégance à la française est souvent réduite à sa version vestimentaire : une marinière, un trench-coat, un costume bien coupé. Pourtant, sa manifestation la plus enviée et controversée se situe plutôt dans la manière d’habiter son corps, de désirer et d’aimer. Brigitte Bardot et Vincent Cassel incarnent cet aspect relationnel et corporel spécifiquement français : une approche existentielle, sensorielle et insoumise de la chair, aux antipodes du puritanisme et de la standardisation mondialisée.

I/ Le rapport au corps : l’authenticité contre l’usine à fantasmes

Pour Brigitte Bardot comme pour Vincent Cassel, le corps n’est pas une machine anatomique qu’il faut formater ou sculpter pour plaire à une industrie. Il est le prolongement direct de leur identité. Le corps doit être authentique, vivant et donc imparfait.

1/ Le corps comme vérité naturelle, un refus de la standardisation

Face aux icônes glamour d’Hollywood (comme Marilyn Monroe), Brigitte Bardot fait l’effet d’une bombe avec son corps « nature », les cheveux emmêlés par le sel, sans maquillage ultra-sophistiqué, marchant pieds nus sur les pavés de Saint-Tropez.

Vincent Cassel, avec ses traits singuliers et sa silhouette longiligne, dynamitera plus tard l’esthétique masculine du héros lisse ou du mâle bodybuildé des blockbusters américains. Issu de la culture de la rue, de la danse et de la capoeira, son corps électrique est musclé par le mouvement plutôt que par les machines de fitness. Ce n’est pas un produit marketing mais un outil d’expression fait de sueur, de fatigue et de brutalité.

2/ L’expression par le mouvement

Dans la culture française, le corps n’est pas une image fixe (comme un post Instagram ou une affiche sur papier glacé) ; c’est un langage qui naît de la manière dont il occupe l’espace.

La sensualité de Bardot ne vient pas d’une image fixe, mais explose lorsqu’elle bouge : son fiévreux mambo improvisé dans Et Dieu… créa la femme (1956) est le triomphe de la pulsion de vie sur la chorégraphie millimétrée. 

Concernant Cassel, dans la célèbre scène d’Ocean’s Twelve (2004) où il traverse un champ de lasers en dansant, sa sensualité réside dans la tension musculaire, l’agilité et l’arrogance du geste. 

3/ Le corps libéré du regard moralisateur 

En France, la nudité et la physicalité sont considérées avec une grande décontraction. Le corps n’est pas intrinsèquement sale ou tabou.

Brigitte Bardot s’exposait nue sur les plages ou à l’écran sans la moindre vulgarité et, surtout, sans culpabilité. Pour elle, le corps est solaire, fait pour le plaisir, le soleil et la liberté. Elle a libéré le corps des femmes du regard patriarcal et clérical en fêtant une nudité joyeuse et souveraine.

Vincent Casseln’hésite pas à salir son corps, à le montrer transpirant, violenté ou impudique (comme dans Irréversible ou Mesrine). Le corps n’est pas un temple sacré intouchable, c’est un outil de travail et de vie. Il assume la matérialité organique de l’être humain (la sueur, la fatigue, le désir brut).

© Ethan James Green

4/ L’indifférence insolente face au temps qui passe

La philosophie française du corps pourrait se résumer au fait d’accepter sa vérité biologique et de porter ses rides comme les marques d’une vie pleine qui ajoutent du charisme. Le corps n’est pas un objet jetable soumis au jeunisme industriel.

Brigitte Bardot démontrera ainsi jusqu’au bout son refus absolu de la chirurgie esthétique. 

Vincent Cassel ne masquera jamais ses cheveux blanchissants.

II/ Le « sexe à la française » : l’instinct contre la performance

Le modèle mondialisé contemporain tend à rationaliser la sexualité, la transformant parfois en performance millimétrée. Le « sexe à la française » est caractérisé par l’absence de culpabilité morale et la large place accordée au jeu et à l’érotisme cérébral. C’est un rejet total du puritanisme, de la performance technique et du contrôle. La sexualité n’est ni un péché, ni un tabou, ni un sport : c’est un art de vivre presqu’artistique, instinctif et profondément lié à la liberté individuelle.

1/ Bardot : le désir féminin actif

Elle ne subit pas le désir des hommes, elle choisit, assumant d’aimer le sexe pour le plaisir, détaché de toute obligation sociale ou religieuse de se marier et de fonder une famille. Une chanson provocante pour l’époque illustre cela : l’enregistrement avec Serge Gainsbourg de la version initiale de Je t’aime… moi non plus

2/ Cassel : le magnétisme de la transgression

Cassel, de son côté, explore les zones d’ombre du désir. Il est l’homme dont le magnétisme physique est immédiat et instinctif. Dans Irréversible ou Black Swan, la sexualité qu’il incarne est brute, psychologique, parfois transgressive. Il rappelle que le sexe est un territoire de liberté absolue où le politiquement correct n’a pas sa place. 

Ici cette image de l’acteur est utilisée dans la publicité pour un parfum [insérer ce lien dans le mot « ici » et dans l’image https://www.youtube.com/watch?v=WE8f7ldy_dc 

III/ L’Amour et « les amours » : la vérité du sentiment face au contrat social

Pour les Français, la vérité du sentiment prime sur la sacralité du contrat de mariage. L’amour est une impulsion vitale qui justifie de bousculer les règles sociales. 

1/ La vérité du sentiment

L’Amour est une expérience existentielle. 

Les amours de Bardot (Roger Vadim, Jean-Louis Trintignant, Jacques Charrier, Serge Gainsbourg) se vivent au grand jour, sans calcul. Ainsi, lorsqu’elle Bardot tombe amoureuse de Jean-Louis Trintignant sur un tournage, elle quitte Roger Vadim sans hypocrisie, au grand jour. 

De même, les choix de vie de Cassel (de son couple mythique avec Monica Bellucci à son histoire avec Tina Kunakey) s’articulent autour de l’amour-passion, intense et magnétique, qui balaye le qu’en-dira-t-on, qu’il s’agisse de différence d’âge ou de frontières géographiques.

2/ La préservation de l’indépendance

Le couple français valorise le lien sans sacrifier l’individualité. On s’aime, mais on reste soi-même. 

Le secret ? Considérer l’autre comme un partenaire de liberté, jamais comme une propriété. 

Bardot a toujours fait ce qu’elle voulait, sans s’effacer ni se plier aux injonctions de ses partenaires de vie.

Durant leurs dix-huit ans de vie commune, Vincent Cassel et Monica Bellucci ont souvent vécu séparés, voyageant entre Paris, Rome et Rio. Ils incarnaient une fidélité de destin et une complicité artistique totale, tout en conservant l’autonomie qui leur était nécessaire.

3/ L’élégance du désamour

À l’inverse d’Hollywood et de ses divorces destructeurs, procès financiers surmédiatisés assortis de déballages intimes, la rupture « à la française » se veut discrète, feutrée et respectueuse du passé : on accepte que l’amour puisse naître, brûler intensément, puis s’éteindre. Il faut savoir partir sans détruire ce qui a été beau.

Malgré les crises de larmes traquées par les paparazzi, Bardot n’a jamais transformé ses ex-compagnons en ennemis publics. Ses ruptures restent empreintes d’une profonde nostalgie artistique. Ainsi, après leur divorce, Roger Vadim est resté le pygmalion et l’ami intime de Brigitte.

De même, le divorce de Cassel et Bellucci en 2013 est resté un modèle de dignité, Bellucci déclarant : « Nos chemins se sont séparés, mais nous serons toujours là l’un pour l’autre ». Le couple physique s’éteint, mais la tendresse et la complicité intellectuelle demeurent.

Pour conclure, avec par exemple le jersey de Chanel, les pantalons larges de Saint-Laurent, la mode française a créé des vêtements fluides qui accompagnent le mouvement plutôt que de le contraindre. Brigitte Bardot et Vincent Cassel représentent la transposition de cette esthétique dans l’existence même.

L’élégance à la française n’est donc pas une question de perfection vestimentaire, mais d’attitude : aimer passionnément sans jamais aliéner sa liberté, ne pas se culpabiliser pour son désir ni son plaisir et habiter son corps avec une insolente authenticité en considérant le temps qui passe non comme une déchéance, mais comme la noble patine de l’expérience.

Toutes les photos de Brigitte Bardot de cet article sont tirées de gettyimages.fr, sauf l’affiche de film. Celles de Vincent Cassel viennent de gettyimages, sauf la danse des lasers et la publicité.

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