1 facette 1 star : épisode 7

1 facette 1 star : épisode 7

Les 12 facettes de l’élégance illustrées par des stars françaises d’hier et d’aujourd’hui 

L’art de la conversation : Fabrice Luchini

Le comédien et acteur français Fabrice Luchini incarne véritablement la conversation à la française.

Née dans les salons littéraires du XVIIe siècle, il ne s’agit pas simplement d’un outil pour transmettre une information, mais d’un art pour le plaisir du verbe. Luchini en est l’un des plus flamboyants (et derniers ?) représentants.

Avec lui, le jeu d’esprit transforme chaque échange en un espace où s’épanouit le plaisir esthétique et intellectuel du Verbe, empreint d’une bonne dose de théâtralité.

Quels sont donc les composants d’une telle alchimie, dont Luchini sait jouer à la perfection ?

La mise en scène de la parole : la fusion du théâtre et de la vie quotidienne

Repéré par un réalisateur de film grâce à sa façon de mettre le feu à la piste de danse, c’est pourtant le théâtre qui est devenu sa véritable passion : « Seul lieu où s’exprime la vie, la nourriture de la vie, ce qu’aucune école n’enseignera jamais », selon lui. 

Ce qui ne l’a pas empêché de faire carrière également au cinéma.

Converser est pour lui un acte physique qui exige une posture, une gestion des silences, une musicalité de la voix. 

Il rappelle que dans la tradition française, la table comme le salon sont des scènes de théâtre où chacun se doit de jouer son rôle, avec panache si possible.

L’amour de la littérature, classique comme moderne…

Il partage son activité entre le cinéma et la scène et rencontre un important succès en déclamant des textes de Céline (de loin son auteur favori depuis ses 17 ans), mais aussi de La Fontaine, Nietzsche, Paul Valéry ou Roland Barthes. Il a également fait connaître des auteurs contemporains comme Philippe Murray, Yasmina Reza ou Florian Zeller. 

… lié à un goût certain et une passion pour la langue : grammaire, syntaxe, jeux de mots, vocabulaire précis

« Nous avons la plus belle langue du monde, une précision chirurgicale, et qu’est-ce qu’on en fait ? On la mutile avec des « du coup » et des « voilà » à longueur de journée. C’est un massacre, c’est une apocalypse linguistique ! »

Fabrice Luchini considère la langue comme un espace de résistance contre le prêt-à-penser et les slogans. Il conseille ainsi aux jeunes générations de s’administrer « une cure de Victor Hugo ou de La Fontaine, matin et soir » pour retrouver la précision chirurgicale des mots et s’émouvoir du génie de la syntaxe française.

Articulation impeccable, prosodie choisie et silences pesés 

Rencontré en 1970, le réalisateur Rohmer lui apprend la rigueur absolue du texte, ce qui va canaliser le bouillant et bavard jeune homme. Luchini découvre la musicalité du dialogue écrit, presque théâtral, transposé au cinéma. Comment donner vie aux mots, sans artifice de jeu.

Un sens de l’improvisation redoutable… pour les autres

Artistes, journalistes et hommes politiques ont soit adoré, soit détesté.

ici avec Johnny Hallyday

avec Catherine Deneuve et Gérard Depardieu

avec l’homme politique Jean-Luc Mélenchon

La plupart, comme Michel Drucker ci-dessous, se sont résignés face à ce trublion survolté.

La primauté du plaisir et de la séduction

Il a souvent rappelé son besoin permanent du jeu de la séduction dans l’échange et la conversation, notamment avec une femme, soulignant l’ennui profond qui surgit en son absence.

Le badinage et l’ironie : l’art de ne pas se prendre au sérieux

Il maîtrise l’art de ne jamais se prendre totalement au sérieux. L’autodérision permanente lui permet de survoler les sujets avec légèreté, une qualité typiquement française définie par Voltaire ou Chamfort.

avec sa statue de cire 

La Culture chez Luchini n’est jamais pesante. Il refuse l’ennui. Apprendre ou citer un auteur doit être une fête, un moment de jubilation partagée. 

C’est ainsi qu’il transforme chaque interview en une causerie érudite mais populaire.

Mais pas n’importe comment : sa solide maîtrise de la rhétorique se ressent à ses phrases mêlant anaphores, rythmes ternaires et envolées poétiques inattendues.

Le sens de la répartie

La conversation à la française est un duel courtois. Luchini cherche le répondant, provoque son interlocuteur, le teste et rebondit sur ses failles avec une vitesse fulgurante.

Le mot d’esprit occupe une place importante dans cet art : la formule percutante, le trait d’esprit qui va clore un débat ou ouvrir une perspective absurde. Cela a pour corollaire de parfois préférer la beauté d’une bonne réplique à la vérité d’un long raisonnement.

ici en interview télévisée

Le grand écart linguistique entre précieux et trivial

La plasticité de la langue française permet de marier l’alexandrin classique à la verve rabelaisienne du peuple. Et Luchini est l’un des rares capables de réciter du Bossuet avant de lâcher un juron d’Audiard. 

Ses racines populaires (il était garçon coiffeur) lui ont donné le goût (et la pratique !) de la tchatche. Sa formation théâtrale, celui de la rigueur classique. Enfin, il imite son modèle, Céline, en injectant la musique de la langue parlée dans une structure savante.

Son style inclut des tics de langage, dont l’expression « C’est énoooooorme ! » est devenue la signature.

En définitive, Fabrice Luchini rappelle à notre époque des SMS et des slogans publicitaires que la parole est une œuvre d’art en soi.

D’ailleurs, Fabrice Luchini est devenu un tel symbole de la langue française que les humoristes s’en donnent à cœur joie pour le brocarder : 

Si vous souhaitez avoir le plaisir de le voir et de l’entendre (et ainsi mieux saisir ce que cet article tente d’expliciter) : 

Des films faits pour lui (trois parmi d’autres)

Toutes les photos de cet article proviennent de Getty images.fr Fabrice Luchini 1 et Fabrice Luchini 2
Sauf Rohmer et Luchini , celles dont la source est indiquée sur l’image même et les affiches de film (Allô ciné).

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