31 Août 1 facette 1 star : épisode 11
Les 12 facettes de l’élégance illustrées par des stars françaises d’hier et d’aujourd’hui
Soi et les autres : Mireille Dumas
Lorsque l’on évoque l’élégance à la française, la plupart des gens pensent immédiatement haute couture ou gastronomie. L’élégance relationnelle, tant avec les autres qu’avec soi-même, en est une déclinaison plus subtile et pourtant essentielle. À la télévision française, Mireille Dumas a su transformer l’interview en un espace de justesse, de respect et de dignité.
Le rapport aux autres : l’écoute et le tact
L’élégance relationnelle se déploie avant tout dans la manière d’aller vers autrui et de l’accueillir.
Mireille Dumas savait ainsi transformer le plateau de télévision en un espace de rencontre authentique, faisant oublier les caméras à ses invités.

L’écoute attentive
Il s’agit essentiellement de lacapacité de laisser parler ses interlocuteurs sans les couper.
Mireille Dumas, en suspendant le rythme effréné des interruptions médiatiques, leur donnait tout l’espace nécessaire pour se livrer en toute confiance, comme lors d’une conversation intime au coin du feu.

avec le chanteur Daniel Guichard
Le respect de l’autre et la pudeur
C’est savoir aborder les sujets délicats et personnels sans jamais être vulgaire ni voyeuriste.
Même lorsqu’elle pose des questions directes, Mireille Dumas le fait avec une grande douceur.
Le chanteur et joueur de tennis Yannick Noah soulignera plus tard l’honnêteté de cette démarche : « Avec Mireille, il n’y a pas de piège. Elle ne cherche pas la petite phrase qui va faire mal, elle cherche simplement à comprendre qui on est vraiment. »

Avec son livre Parole interdite
L’absence de jugement
Cela consiste à accueillir la parole de l’autre avec empathie, en cherchant à comprendre plutôt qu’à condamner.
Mireille Dumas reçoit les trajectoires de vie les plus complexes, des plus célèbres aux anonymes, sans condescendance ni moralisme.
Par exemple avec Linda, une jeune fille de 14 ans interviewée en 1994 dans l’émission de télévision Bas les masques alors qu’elle élevait seule son bébé.

| « On arrive sur le plateau avec la peur d’être jugé ou transformé en bête de foire par la télévision. On en repart avec le sentiment d’avoir été accueilli, écouté et respecté comme un être humain à part entière. » — Un invité anonyme de l’émission de télévision Bas les masques |
Le rapport à soi : la maîtrise et l’authenticité
Cette fluidité avec les autres n’est possible qu’en s’imposant une discipline intérieure, ancrée dans les valeurs classiques de la maîtrise de soi.
La sobriété
On ne cherche pas à attirer la lumière par l’excès ou la provocation, on se met légèrement en retrait (sans s’effacer complètement) pour faire rayonner son interlocuteur.
Loin des artifices et du narcissisme souvent associés au milieu de l’audiovisuel, Mireille Dumas a toujours cultivé une image discrète et naturelle.

Moduler sa voix et son ton
De préférence, il vaut mieux adapter sa voix – volume, débit, accentuation – ainsi que son ton à la situation. Parler de manière calme et posée, de façon constante témoigne également de sa maîtrise de soi, typique de l’élégance classique. S’exprimer ne signifie pas imposer ses humeurs aux autres, même lors d’un conflit.
Que Mireille Dumas reçoive les confidences poignantes de l’actrice Maria Schneider sur les traumatismes de sa vie ou qu’elle explore des choix de vie marginaux, sa voix, au débit lent, agit comme un régulateur sur les tensions présentes sur le plateau.

Rester fidèle à soi-même en toute circonstance
Qu’il s’agisse d’âge, d’image, de parcours professionnel ou de choix de vie quels qu’ils puissent être, se conduire en accord avec ses principes et ses émotions permet de traverser la vie avec dignité sans brader son authenticité (et même d’assumer ses erreurs). Cela a comme corollaire de ne pas se laisser marcher sur les pieds.
Mireille Dumas a ainsi toujours refusé les facilités et faux-semblants du milieu médiatique.
Vingt ans plus tard, lors de ses documentaires de retrouvailles, les témoins acceptent immédiatement de la revoir, saluant cette fidélité et cette constance éthique.

avec le chef cuisinier Jean-Pierre Coffe
| « Lorsque vous passez plusieurs semaines en tournage avec quelqu’un comme j’ai pu le faire avec Guy Bedos ou Yannick Noah, cela crée des liens profonds qui ne se défont jamais, y compris avec leur famille. » — Mireille Dumas |
L’art du silence
Le raffinement invisible de l’élégance relationnelle repose sur la gestion des blancs, faisant au silence une place à part entière de la relation aux autres comme à soi-même.
Le silence est un temps en soi
Il vaut généralement mieux ne pas combler le vide après une confidence. Cela pousse l’interlocuteur à aller plus loin de lui-même s’il en a envie, ou à marquer ce moment de partage intime avant de le laisser passer à un autre sujet. Il s’agit alors de préserver la dignité de l’autre.
Dans ses interviews, Mireille Dumas permet de la sorte à son invité d’explorer ses propres vérités et ses silences intérieurs.

L’hommage de Fabrice Luchini
Le regard attentif, voire bienveillant
Ce n’est pas parce que l’on se tait qu’on n’interagit pas autrement. Regarder attentivement son interlocuteur, avec bienveillance, avec sincérité, « parle » pour nous. En particulier de nos jours où les interruptions quasiment continuelles – notamment de nos divers objets connectés – fragmentent le lien à l’autre, sans même parfois que l’on s’en rende vraiment compte.
L’écrivain Yann Queffélec résumait ainsi le regard de Mireille Dumas : « Elle a cette manière de vous fixer qui vous pousse à être d’une honnêteté totale avec vous-même, sans que vous n’ayez jamais l’impression de vous donner en spectacle ».

avec l’humoriste Laurent Gerra
La relance minimaliste
Relancer, avec brièveté, son interlocuteur, selon qu’il peine à s’exprimer ou pour le faire préciser certaines choses qu’il a dites, offre la possibilité d’une meilleure compréhension de l’autre, tout en ne le coupant pas dans son élan.
Mireille Dumas, journaliste et présentatrice, posait souvent dans ce cas des questions de trois ou quatre mots. Avec cette astuce, elle s’effaçait temporairement derrière la parole de son invité, lui laissant de ce fait le premier rôle.

avec son quasi alter ego masculin, Michel Drucker
Finalement, à l’ère des réseaux sociaux et de l’immédiateté, où l’invective et le narcissisme saturent trop souvent l’espace public comme numérique, l’élégance relationnelle s’avère d’autant plus nécessaire.
L’écoute, la retenue et le respect de l’autre comme de soi-même constituent à eux trois plus qu’un héritage historique : c’est une nécessité pour réparer les liens sociaux modernes.
Toutes les photos de cet article sont tirées de gettyimages.com
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